Charles et Marie-Laure de Noailles

 

 

Marie-Laure et Charles de Noailles

L’avant-garde des années 20 !  Comment ne pas se tourner vers ce couple les Noailles. Ce fabuleux visage de Marie-Laure de Noailles en noir et blanc plein de promesses m’a inspiré et j’ai eu envie de la connaître un peu mieux.

photomaton de Noailles

couple de Noailles

 

Je me suis rendue à la célèbre villa « Saint-Bernard » située à Hyères (83400) Parc Saint Bernard, appartenant au couple qu’elle formait avec Charles de Noailles. Une très jeune guide nous a relaté avec amour la vie de ce couple. Marie-Laure de Noailles, née Bischoffsheim, qui était cette femme richissime, provocante, libre ?

Marie-Laure Bischoffsheim est née en 1902 dans une famille de la grande bourgeoisie d’affaires juive de par son père et de l’ancienne noblesse provinciale de par sa mère Marie-Thérèse de Chevigné qui compte parmi ses ancêtres un certain marquis de Sade. Elle n’a que sept ans lorsque son père Maurice Bischoffsheim décède, lui laissant à sa majorité une vertigineuse fortune et la collection remarquable de tableaux de ses grands parents.

Deux personnages vont marquer sa jeunesse, sa grand-mère maternelle Laure de Chevigné, dont l’esprit moderne inspire à Proust sa duchesse de Guermantes et un jeune poète, Jean Cocteau. C’est d’ailleurs par son entremise que Marie-Laure croise les avant-gardes picturales, musicales et littéraires.

En 1923 elle se marie avec le descendant d’une des plus illustres familles de la haute noblesse, Charles de Noailles. Il s’intéresse aux arts décoratifs modernes, à l’architecture et aux jardins. C’est sur ces passions partagées que le couple s’est formé. Le mariage eu lieu en février 1923 à Grasse.

Ils demeurent à Paris dans l’immense hôtel particulier de Marie-Laure, héritage de la famille Bischoffsheim, situé au cœur de Paris (11, place des Etats-Unis). Ce lieu abrite des collections artistiques rares, des objets, des meubles et aussi et surtout des tableaux de maîtres tels que Constable, Delacroix, Géricault, Goya, Rembrandt, Rubens, Van Dyck ou Watteau, collection exceptionnelle que les grands parents de Marie-Laure avaient déjà constituée. A partir des années 1920, s’y ajoutent les œuvres des principaux artistes contemporains comme Balthus, Braque, César, Chagall, Dali, Ernst, Klee, Picasso. Cet hôtel particulier est aujourd’hui le Musée Baccarat.

Marie-Laure est mariée mais dit-on, au fond de son cœur elle aurait préféré le fabuleux poète Jean Cocteau, dont elle était folle depuis l’âge de 15 ans, mais il n’était pas libre !

Le couple était pourtant fait pour se rencontrer, Charles descend d’une longue lignée d’aristocrates et aspire à la modernité. Voilà ce qui les unira un temps d’avance et pour longtemps…. Et peut-être jusqu’à la fin de leur vie.

Charles reçoit de sa mère comme cadeau de mariage un bout de colline dans le Var, à Hyères dans le sud de la France avec vue sur les îles de Port-Cros et du Levant. Charles va faire construire une maison de villégiature  qui sort de tous les codes de son milieu «une pièce pour chaque fonction – pratique – avec rangements intégrés – moins de domestiques ».

Les jeunes mariés s’adressent d’abord à un architecte allemand qui monte, Ludwig Mies van der Rohe, mais il n’a pas le temps. Ils se tournent vers un autodidacte qui a fait grand bruit au Salon d’automne de 1922 : Le Corbusier. Mais ils ne s’entendent pas avec lui. Ils en contactent un troisième, plus proche de leur monde : Robert Mallet-Stevens. Le projet est lancé en 1923. La villa s’appellera Saint-Bernard et sera l’un des premiers bâtiments modernistes d’Europe. Dès décembre 1925 elle sera habitée. Les extensions qui se succèdent jusqu’en 1931 ainsi que la mise en valeur du site transforment la maison de villégiature du départ en un immense « paquebot » de 1800 m2 : quinze chambres de maîtres, toutes équipées de salle de bains, une piscine, un squash, un salon de coiffure, un professeur de gymnastique à demeure, des horloges dans chaque pièce reliées à un système central, les baies vitrées qui s’escamotent……

Les Noailles passeront là l’hiver avec leurs amis, et bientôt leurs deux filles. Oui à l’époque la haute société ne fréquente pas la Côte d’Azur l’été ! Très vite cette villa cubiste deviendra un lieu de rencontre artistique. La romancière Edith Wharton, voisine de la villa, le peintre Salvador Dalí, l’écrivain André Breton, le compositeur Francis Poulenc…..

Marie-Laure, découvrait et soutenait les artistes d’avant-garde. Les Noailles sont devenus naturellement les mécènes de ce courant avant-gardiste architecturale, picturale, cinématographique, musicale et littéraire – surtout du mouvement surréaliste. On leur doit beaucoup, que ce soit dans la peinture (Salvador Dali, Balthus), la sculpture (Lipchitz, Giacometti), la musique (Poulenc, Markevitch) la décoration (Chareau, Jean-Michel Frank). Ils soutiennent aussi la littérature (André Breton, Aldous Huxley, Michel Leiris, Georges Bataille). En 1963, le dramaturge Marcel Achard écrivait : « Tous les artistes de cette époque doivent quelque chose à Marie-Laure. Elle leur a permis de s’exprimer mieux et quelquefois de s’exprimer tout court ». Le cinéma leur doit aussi, ils financeront notamment trois chef-d’œuvres : en 1929, le film de Man Ray tourné dans la villa, « Les Mystères du Château de Dé » – en 1930 le premier film de Jean Cocteau « Le Sang d’un Poète » et le deuxième de Luis Buñuel  « L’Age d’or » qui fût un scandale et censuré pendant cinquante ans. François Mitterrand leva cette censure à son terme.

La culture et le divertissement animent le couple. Les Noailles possèdent l’une des premières piscines privées couvertes de France, le cœur de la maison. Un génial mécanisme, sans doute conçu par Jean Prouvé, permet d’escamoter ses larges baies vitrées dans le sol : l’intérieur et l’extérieur ne font qu’un. L’espace est immense, on peut plonger à son aise !

Le culte du corps prenait date avec cette époque, mais les Noailles n’en faisaient pas une religion, la joie et l’amusement étaient ce qui importait. Des photos de l’époque nous montrent cette joie de vivre.

Charles, lui ce qui le passionnait c’était la nature, le jardin. Il publiera même un ouvrage sur la flore méditerranéenne dans les années 60. Charles est réservé, beaucoup moins mondain que Marie-Laure, le vicomte s’exprime par la botanique, ce qui fit dire à Marie-Laure à qui une amie lui demandait Charles aime t’il mieux les hommes ou les femmes, elle répondit : il aime les fleurs. Quel humour !
L’ethnographie est aussi une passion de Charles, il s’engage personnellement en tant que Président de la société des Amis du  musée du Trocadéro (futur Musée de l’Homme).

Le couple se distend à la fin des années 30. Marie-Laure reste à Hyères l’été, soutient le peintre Balthus, le sculpteur César ou plus tard l’acteur et cinéaste Pierre ­Clémenti. La maison a subi des détériorations de par  son caractère expérimental et aussi par les dommages de la guerre – un hôpital s’était installé à la villa. La restauration nécessiterait de réinvestir énormément d’argent, mais la motivation est ailleurs….

Charles achète une maison ancienne à Grasse, en 1948.

 

On nous relate que pendant toute leur vie, en dépit de leur séparation, de leurs aventures parallèles, ils s’écrivirent tous les jours et  se prêteront ensemble aux expérimentations les plus fantasques.  Charles racontait : «Nous aimions nous amuser avec des gens intelligents et de valeur.»

A la mort de sa femme, en 1970, il vend à bas prix la ­villa Saint-Bernard à la municipalité d’Hyères, dans l’espoir qu’elle devienne un jour un lieu culturel. Le dernier geste de mécénat des Noailles !

Il faudra plus de trente ans à la ville de Hyères pour achever sa restauration et la sauver de la ruine. La villa Noailles en l’espace de quatre-vingts ans de 1923 à 2003 aura connu un rare spectacle d’une époque, de la construction très controversée, de l’extension, d’un mode de vie nouveau, l’effervescence de la culture, les mondanités, la guerre, le déclin, la vente, l’abandon, la ruine, la restauration et enfin la réalisation du vœu de Charles.

Aujourd’hui est né « DESIGN PARADE » de nombreux artistes vous y attendent !

Chaque année elle accueille également  le Festival international de mode et photographie et une exposition permanente « Charles et Marie-Laure de Noailles, une vie de mécènes » est consacrée au mécénat du couple.

 

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