Léonard Cohen

Adieu Léonard Cohen – Merci bel humain !

La voix, les textes, la poésie, la musique, tout nous a fait vibrer, tout nous a questionné, nous avons compris, nous n’avons rien compris, nous avons cherché nous n’avons rien trouvé, juste la beauté, la liberté ! Merci de ce cadeau immense.

Ecoutons « You want it darker« , magnifique !

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Une autre facette de Léonard Cohen, sa recherche spirituelle, si présente dans ses textes que je voulais partager l’extrait d’un échange avec Alexandra Pleshoyano, conférencière réputée, docteur en théologie spirituelle et professeur associée à la Faculté de Théologie de l’Université de Sherbrooke. Elle vient de publier aux éditions Novalis « J’avais encore mille choses à te demander, l’univers intérieur d’Etty Hillesum« .
« D’où vient la foi de Leonard Cohen?

Alexandra Pleshoyano : Je pourrais tenter une réponse en vous énumérant tous les prêtres de sa famille pour remonter jusqu’à Aaron, le frère de Moïse, mais n’existe-t-il pas d’autres personnes aussi disposées que lui qui n’ont pas la foi? Et que veut dire ‘avoir la foi’? Est-ce que Leonard a la foi? Qui peut prétendre « avoir » la foi? Si la foi n’est pas accompagnée du doute, ce n’est plus la foi, mais simplement un régime auquel on adhère. En ce qui concerne sa pratique au quotidien, je ne peux rien vous dire de plus que ce qu’on lit dans les biographies et les interviews. Il pratiquerait apparemment autant sa religion judaïque que sa méditation Zen. Mais Leonard est né juif, il est juif et il va mourir juif. Tel qu’il l’écrit : « Quiconque dit que je ne suis pas un juif n’est pas un juif, je suis vraiment désolé, mais cette décision est finale » (Book of Longing : 2006, 158).

Que pensez-vous de sa tournée actuelle ? Malgré ce rythme de superstar, Leonard Cohen préserve son intimité et garde la tête froide. Pensez-vous cependant qu’à terme, les paillettes et l’argent pourraient réveiller son égo et nuire à sa paix intérieure ?

Alexandra Pleshoyano : Lorsque Leonard donne un concert, il s’adresse à une seule personne et c’est la raison pour laquelle il nous rejoint tous si profondément, si individuellement. Tel qu’il l’a déjà écrit : « Une communauté n’est qu’un alibi pour l’échec de l’amour individuel. » (The Favorite Game : 1963, 204). Mais Leonard parvient à rejoindre l’individu dans la communauté, dans la foule.

Croyez-vous qu’un ego puisse réellement être « endormi »? L’ego n’est pas mauvais en soi, du moment qu’on en est conscient. Je crois que Leonard a une conscience au-delà de la norme. En ce qui concerne la paix intérieure, celle-ci est constamment menacée, puisque Leonard est comme un funambule qui marche sur une corde raide. L’objectif de sa vie, je pense, est d’atteindre un certain équilibre et ce indépendamment des événements extérieurs. La paix est quelque chose d’infiniment intime; on ne la cherche pas au dehors, mais à l’intérieur de soi. Si vous avez assisté dernièrement à un concert de Leonard, vous savez que cet homme de 75 ans incarne la figure même de l’humilité. Debout et parfois même agenouillé, Leonard fait entrer son public dans un cœur à cœur des plus intimes. « Quelque chose en lui aime tant le monde qu’il s’abandonne aux lois de la gravité et du hasard. Loin de s’envoler avec les anges, il trace avec la fidélité d’une aiguille de sismographe l’état du paysage massif et ensanglanté. Sa demeure est dangereuse et limitée, mais il [Leonard] est chez lui dans le monde. Il peut aimer les formes humaines, les belles formes sinueuses du cœur. Il est bon d’avoir parmi nous de tels êtres, de tels monstres d’amour qui rétablissent l’équilibre » (Beautiful Losers : 1966, 101-102) « 

 

Que dire ; si, ce texte très beau (qui circule un peu partout mais je le réplique ici pour sa poésie et son élégance) qu’il a adressé à sa muse Marianne Ihlen qui fût son amoureuse, mais aussi une confession quasi prémonitoire quant à sa propre mort : « Marianne, le temps où nous sommes si vieux et où nos corps s’effondrent est venu, et je pense que je vais te suivre très bientôt. Sache que je suis si près derrière toi que si tu tends la main, je pense que tu pourras atteindre la mienne. Tu sais que je t’ai toujours aimée pour ta beauté et ta sagesse, je n’ai pas besoin d’en dire plus à ce sujet car tu sais déjà tout cela. Maintenant, je veux seulement te souhaiter un très bon voyage. Adieu, ma vieille amie. Mon amour éternel, nous nous reverrons. »

Marianne Ihlen meurt le 29 juillet 2016, à l’âge de 81 ans. Leonard Cohen décède quelques mois plus tard, dans la nuit du 10 au 11 novembre 2016. Il avait 82 ans.

Dominique Issermann qui a été sa compagne et son amie sa vie entière nous dit elle que Léonard ne voulait pas mourir, il souhaitait juste ne pas souffrir, la vie était là….rien d’autre.

Parcourez les photos du compte instagram  de Dominique Issermann –  elles sont très émouvantes.

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