NICE

Nous sommes à nouveau traversés par une grande tristesse. 84 personnes sont mortes et plus de 300 blessés par la main d’un seul individu, sur la promenade des Anglais à Nice, dans la soirée du 14 juillet 2016 (jour symbolique de la fête de la Fédération) . Un individu qui est notre semblable, qui est nous, est devenu en un instant une terreur.

Une compassion immense pour ces victimes, les survivants de cet attentat, pour nous tous qui voyons et ne comprenons pas et aussi au-delà du jugement cet homme qui n’a pas eu d’autre moyen que de devenir un assassin.

Je me suis interrogée sur la violence et la nature humaine.

Chaque parti politique nous assène de ses pouvoirs magiques pour éradiquer la violence. N’est ce pas une illusion de croire que l’on pourra éliminer la violence en changeant le régime politique ? L’Etat, dans ses derniers discours,  nous demande même de nous habituer à vivre avec cette violence, avec le terrorisme, avec la mort ?

Pouvons-nous regarder la violence en chacun de nous ? Peut-on déraciner la violence du cœur de l’homme ou bien est-elle indéracinable parce que l’homme est violent par nature ? Il me revient immédiatement à l’esprit cette phrase de Rosenberg : « la violence n’est pas une nature, mais une violation de la nature ».

Ce n’est évidemment pas la même chose de dire que l’homme porte en lui des germes de violence et de dire que sa nature est violente.

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Freud voit la violence sous une double interprétation et sans en rentrer dans le détail et très très schématiquement :

1°) La frustration. Il y a une relation intime entre la violence et la frustration. L’explosion émotionnelle de la violence manifeste brutalement la frustration

 2°) Au lieu de raisonner à partir de la théorie du refoulement, il imagine un affrontement entre deux pulsions fondamentales, la pulsion de vie Éros, et la pulsion de mort, Thanatos.

Quant à Nietzche voici sont point de vue.

« Mais il n’y a aucune cohérence dans ce qui est construit par la violence, aucune permanence possible dans la durée possible, car ce qui est obtenu par la violence s’autodétruit. « Ce qui est obtenu par la violence demeure en effet sans valeur : ce n’est pas en violant une femme que l’on obtient son amour, et la persécution ne saurait gagner cette libre approbation des consciences – que pourtant l’on désire secrètement conquérir ». Mais le drame horrible, c’est que l’enchaînement de la violence entraîne à la fois la victime et le bourreau dans un cycle de négation, le cycle infernal de la violence. « L’esclave qui se complaît dans son esclavage, le déporté que se faisait le valet ou l’auxiliaire des S.S. ceux là, pour sauver leur vie, ont tout perdu ». Évidemment, la formule « civilisation de la violence » est contradictoire, la violence est l’opposé de toute civilisation, mais pourtant elle indique que l’Histoire peut nous mettre devant une organisation systématique de la violence. Dans cet abîme, l’humanité trahit la possibilité d’un nihilisme foncier.

Comprendre la violence dans son origine dans la pensée, voir qu’elle est un produit de notre propre pensée. La compréhension du processus de la violence déjà nous en libère. Nous ne pouvons pas accepter la violence quand nous avons vu ce qu’elle est, ce qu’elle entraîne, dans quel néant elle nous précipite. Aussi, avant de sauter le pas par dessus notre violence pour prôner la non-violence, il faut d’abord comprendre la violence. »

La non-violence alors ?

Pas de non-violence sans comprendre au préalable ce qu’est la violence.

La non-violence elle-même ne se comprend pas comme une manière de fuir la violence.

La question ? Est-ce un effet de la volonté ou un état d’être naturel, un besoin nécessaire ?

Voyons ce que Gandhi a cherché à nous transmettre.

« La non-violence est une stratégie de combat. Ce n’est pas un repli, c’est une manière de combattre le mal sans l’alimenter.

 « Je n’hésite pas à dire que là où le choix existe seulement entre la lâcheté et la violence, il faut se décider pour la solution violente. Ainsi, mon fils aîné m’a demandé ce qu’il aurait dû faire s’il avait été témoin de l’attentat qui faillit me coûter la vie en 1908 : fallait –il s’enfuir et me laisser assassiner ou recourir à la force physique pour me venir en aide ? Je lui répondis qu’il eut été de son devoir de me défendre, au besoin par la violence ».Tous les hommes sont frères.

Pourtant, la non-violence est supérieure à la violence car elle en a la compréhension, elle sait que la violence nourrit la violence. Ce que l’homme violent demande, c’est de trouver en face de lui une résistance violente qui lui permette de montrer sa force. Si on ne jette pas d’huile sur le feu, la violence va se défaire d’elle-même. C’est un peu comme la boule de neige qui roule. Elle ne s’alimente que si elle trouve sur son parcours de quoi se renforcer. Aussi la première règle est de ne rien faire qui puisse relancer la violence. « La non-violence ne consiste pas à s’abstenir de tout combat réel, face à la méchanceté. Au contraire, je vois dans la non-violence une forme de lutte plus énergique et plus authentique que la simple loi du talion qui aboutit à multiplier par deux la méchanceté.

La neutralité de l’attitude est une attitude difficile à tenir mais elle produit des effets. Elle met la situation de conflit dans une position nouvelle. Il n’y a plus moi d’un côté et l’autre en face qui sommes en conflit. Il y a une ouverture, un accueil, une compassion d’un côté et de l’autre un moi violent qui ne trouve pas en face un autre ego auquel il pourrait s’opposer. La neutralité est fondée sur une absence d’ego. Il faut accepter qu’elle puisse un moment exaspérer le moi violent qui se trouve en face, mais justement, elle peut provoquer aussi un retournement, une conversion. « Je m’emploie à désamorcer le ressort du conflit en n’offrant aucune résistance d’ordre physique. Mon adversaire doit être tenu en respect par la force de l’âme. Tout d’abord il sera décontenancé, puis il lui faudra bien admettre que cette résistance spirituelle est invincible. S’il en convient, loin d’être humilié, il ressort de ce combat plus noble qu’avant. » C’est ainsi seulement que l’ennemi peut devenir un ami. Il ne s’agit donc pas de faire plier la volonté de l’autre, il ne s’agit pas non plus de subir sans rien faire. Ce que l’on oublie trop souvent, c’est que la non-violence a son fondement dans l’amour. « Si je suis non-violent, je dois aimer mon ennemi ». L’amour vrai ne cultive pas le conflit. L’amour ne peut pas engendrer la violence et il peut même la résorber.

La non-violence ne se réduit pas à un héroïsme de la volonté seule contre tout. Elle implique un travail sur soi. Seule la connaissance de soi peut remonter les processus qui engendrent la violence. La violence ne surgit pas sans raison, par on ne sait quel entité qui nous manipulerait à notre insu. Elle a son siège dans la nature des noeuds psychiques de la conscience. Elle est largement alimentée par la frustration, la tension intérieure qu’elle décharge. De là suit que c’est seulement en libérant la conscience des tensions qu’elle accumule, que la création d’un état de paix est possible. La PAIX n’est pas un concept politique. La paix au niveau collectif a son origine dans la paix individuelle. Tant qu’il existe un état de tension au niveau individuel, il a des répercussions collectives sous forme d’explosions de violence. Il n’y a pas de culture de la violence, même si la violence peut prendre une forme organisée. Par contre il y a une Culture de la non-violence et des moyens de la non-violence et dont le tout premier est d’abord de substituer en permanence à l’affrontement physique la parole échangée, le dialogue. Plus profondément, ne peut-on pas dire qu’il y a un état non-violent de la conscience en qui tout conflit s’est abolit, parce que toute tension s’est abolie? »

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Nous comprenons bien que la paix va se construire immanquablement à partir de nous, chaque humain, que nous devons réfléchir à chaque instant à notre langage OU en tout cas bien l’expliciter, de vérifier comment il est reçu  et que le dialogue est le plus sûr moyen d’abolir le conflit à partir de nos besoins fondamentaux et non de nos stratégies ?  La tâche est immense, le processus de la non-violence est très précis et devrait à mon sens être transmis par l’éducation ? Il faudra du temps, du temps et encore du temps.

Nous faudra t’il encore mille ans pour sortir de la dualité qui est toujours la base de notre éducation et que nos perpétrons savamment.

Nous êtres humains avons des besoins fondamentaux communs à nourrir, notre but est d’être vivant et si nous ne sommes pas tout à fait confortable avec ce qui vient d’être vécu et bien faisons un petit mouvement de conscience, une petite action et allons vers là où notre élan de vie nous porte dans l’instant suivant avec douceur, avec tendresse sans permettre aux jugements, aux croyances, aux concepts de venir nous tyranniser.

Que veut dire le terme « non-violent » qui interpelle souvent parce qu’il y a le mot « violence », en  fait, il fait référence au mouvement de Gandhi qui est la traduction du terme sanscrit : AHIMSA – Communiquer avec l’autre sans lui nuire.

Et vous, comment vivez-vous cet attentat, vous y habituez-vous ou au contraire êtes-vous révolté, cet instant premier vous fait-il comprendre que ni la résignation ni la révolte ne nous conduirons à la paix. Pour ma part  l’instant premier a été la révolte, des vies des jeunes et très jeunes vies sont parties et je m’indigne. Ma révolte accueillie m’emmène très progressivement sur le chemin de la paix parce que c’est mon besoin fondamental et c’est ce que je veux partager avec mes semblables.

Avez-vous des idées ?

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